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AIRBORNE 44 est né avant même que je devienne scénariste et dessinateur de BD. J'étais encore un gamin quand j'ai entendu parler de la guerre qui avait ravagé le village de mon enfance. J'ignore pourquoi mais je me suis tout de suite passionné pour cette période de l'Histoire. Il faut avouer que mon grand-père, grand raconteur d'histoires, n'y est pas étranger. Il avait 44 ans à la fin de la guerre, l'âge que j'ai aujourd'hui. Il a parcouru le champ de bataille avec son appareil photo à la main et en a ramené d'innombrables images qui sont autant de témoignages de la folie humaine. Ces photos ont nourri quantité de livres écrits sur ce qu'on a appelé par la suite la bataille des Ardennes. Je me suis basé sur nombre d'entre elles pour illustrer mes deux albums, notamment le dessin des pages de garde. Ce char enneigé est un Stug IV allemand, très rare sur le front des Ardennes. Il fut photographié en 1945 alors qu'il se trouvait encore à l'endroit où il fut détruit. C'est un exemple parmi d'autres des photos qu'il a prises. Face à moi, dans mon atelier, se trouve également un casque américain qu'il a trouvé le 9 août 1945 dans un bois proche du site du terrible massacre de Baugnez, près de Malmedy. Ce casque porte la marque d'une balle ou d'un schrapnel qui l'a troué. Le soldat qui le portait l'a-t-il abandonné en courant ? A-t-il été tué ? Son corps a-t-il été emporté, le casque restant le seul témoignage de sa présence à cet endroit ? A côté de ce casque US, il y a aussi un casque allemand, si petit que ma fille de 15 ans ne pouvait, il y a un an, le mettre sur sa tête. Quel âge pouvait avoir le garçon qui le portait ? Il devait être très jeune. C'était probablement un enfant. C'est parce qu'il est impossible de répondre à ces questions que les raconteurs d'histoires existent. Ils inventent des fables pour satisfaire leur imaginaire, et au delà, celui des lecteurs. De façon plus générale, j'ai également toujours été interpelé par l'extermination des Juifs voulue et mise en oeuvre par le régime nazi. Comment des hommes pouvaient-ils infliger cela à d'autres hommes ? Aujourd'hui, je n'ai toujours pas la réponse à cette question. Tout ce que je peux dire, c'est que les nazis étaient eux aussi des hommes et qu'à ce titre, c'est peut-être au plus profond de lui-même que chacun d'entre nous doit aller fouiller, là où se tapit - bien lové dans son esprit - le serpent de la haine et de la violence. C'est en lisant les propos - de plus en plus diffusés sur internet - des négationnistes de tout poil que j'ai eu envie d'apporter ma minuscule pierre à l'édifice que constitue notre mémoire collective. Le génocide des Juifs a bien eu lieu, tout comme celui des Arméniens en 1915 et celui des Tutsis en 1994. On passe sous silence les atrocités commises par les Belges, mes propres compatriotes, dans le Congo du roi Léopold II. On parle très peu du massacre de Nankin, en 1937, commis par l'armée japonaise et qui fit entre 100.000 et 300.000 morts chinois. Il y en a tant d'autres... Nous devons avoir le courage de nous regarder en face et accepter d'assumer les erreurs de notre passé. Nous devons accepter de dire: "oui, c'est arrivé !" C'est ce que l'Allemagne a fait en construisant - au coeur de Berlin - le Mémorial de l'Holocauste, coupant ainsi l'herbe sous le pied à ceux qui soutiendraient encore l'idée nauséabonde que la Solution Finale n'est qu'une invention. AIRBORNE 44 n'est qu'un diptyque de bande dessinée mais il rappelle, par le biais d'une histoire d'amour, que si l'on n'y prend garde, le pire est toujours possible. C'est pourquoi je suis heureux de l'avoir écrit et dessiné.
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